Nouvelles directions?

In this second post in a series of reflections on the New Directions in French History Conference in London in September, Charlotte Faucher (doctoral student, Queen Mary) reflects in French on some of the themes of the day.


 

Il y avait comme un air de rentrée, le 25 septembre dernier, à l’Institute of Historical Research où Alison Caroll et Ludivine Broch, créatrices du French History Network (et de ce blog), ainsi que Will Pooley avaient organisé une journée d’étude pour les jeunes chercheur·es en histoire de la France.

L’ambition de ce regroupement était de discuter des nouvelles tendances de l’historiographie ‘française’. Cette volonté d’état des lieux s’inscrit dans un mouvement plus vaste qui touche les sciences humaines britanniques. Cet été déjà, le vaste domaine des études britanniques avait été passé au crible lors de la conférence Rethinking Modern British Studies à l’Université de Birmingham ; en septembre une conférence sur le thème de Rethinking Contemporary British Political History avait été organisée à Queen Mary, Université de Londres.

Pour la journée New Directions in French History quinze historien.nes ont présenté en 10 minutes un aspect méthodologique de leur recherche, chacun.e ayant été invité.e à circuler sa communication à l’avance, afin de faciliter la discussion.

Au programme, trois sessions (idées, mouvements et individus; mémoire et identité, et enfin, la France par-delà ses frontières) composées de communications suivies d’une heure de questions et commentaires. Colin Jones, professeur d’histoire à Queen Mary, Université de Londres a clôturé la journée en offrant ses conclusions sur le développement des recherches en histoire de la France et des perspectives potentielles à explorer pour le futur.

Il ne s’agit pas ici de résumer les communications entendues lors de cette journée (les participant.es ont été invité.es à rédiger des billets pour ce blog à partir de leurs communications). Mon idée est plutôt de revenir – en français – sur quelques-unes des discussions qui ont rythmé la journée afin de partager avec les collègues francophones les interrogations qui animent une partie des historien.nes de la France en Grande Bretagne et, pourquoi pas, d’amorcer un dialogue et d’échanger avec eux sur ces points.

Nombreux.ses sont les participant.es à cette journée d’études qui ont souligné les vertus de concentrer leurs recherches sur des individus. Ellen Crabtree a expliqué en quoi ses recherches biographiques sur l’historienne Madeleine Reberioux peuvent aider à comprendre une génération d’historien.nes et l’influence de l’engagement politique sur des écrits universitaires. Julia Nichols, qui étudie la pensée politique de la Commune, entreprend de situer le poids de Marx parmi les idées radicales de l’époque. Robert Priest propose d’étudier Ernest Renan non pas à travers ses publications, mais plutôt par le prisme des réseaux de l’auteur (notamment grâce à une lecture attentive de ses papiers personnels). Certain.es collègues sont, semble-t-il, moins convaincu.es d’une telle approche et mettent en avant la difficulté de lier une recherche globale, transnationale, avec des considérations microsociales.

Le deuxième constat de la journée est la volonté des participant.es de penser au-delà du cadre national. Plusieurs raisons ont été évoquées pour expliquer cette tendance: la nationalité et formation des chercheur.es ; les programmes du supérieur de plus en plus orientés vers l’histoire européenne ou globale (plutôt que nationale); la situation inquiétante des départements de français en Grande Bretagne qui souffrent de la baisse du nombre d’inscrits à chaque rentrée. Des raisons d’ordres intellectuelles, et qui ne se sont pas incompatibles avec celles que je viens de citer, ont également été évoquées. On peut mentionner, entre autres, l’impossibilité d’écrire l’histoire de la France sans regarder au-delà des frontières ainsi que la nécessité de remettre en cause certaines historiographies dominées par des questions nationales qui ne reflètent qu’en partie l’histoire d’un pays.

C’est d’ailleurs le tournant global que Colin Jones identifie comme caractérisant au mieux la première décennie des années 2000. Il souligne qu’il faut également compter sur l’histoire digitale. Quant à l’approche évoquée plus haut qui vise à se concentrer sur des individus, Jones suggère qu’elle a en partie favorisé le développement de l’histoire des émotions. Selon lui, aborder l’histoire par le prisme de la classe sociale ou des communautés encourage moins à penser la subjectivité. Néanmoins, Jones souligne l’importance d’inclure le collectif dans les recherches historiques et remarque par ailleurs, qu’aucun.e des participant.es n’a utilisé explicitement le concept de genre. Cela reflète-il un manque d’intérêt de la part des historien.es présent.es ce jour-là, ou au contraire, se pourrait-il que le genre soit désormais pris en compte implicitement dans les approches passées en revue durant la journée d’étude ?

Crise d’identité de l’historien de la France en Grande Bretagne ? Vue du lycée français Charles de Gaulle de Londres; en arrière-plan le Natural History Museum.
Crise d’identité de l’historien de la France en Grande Bretagne ? Vue du lycée français Charles de Gaulle de Londres; en arrière-plan le Natural History Museum.

De ces réflexions est né un débat sur la relation de l’historien.ne à son sujet : dans quelle mesure sommes-nous, historien.nes, attaché.es à notre recherche et aux individus dont nous analysons les vies ? Certain.es ont mis en avant qu’un détachement émotionnel ou politique vis-à-vis du sujet garantit le renouvellement de l’historiographie; dans cette même perspective, d’autres ont souligné les bénéfices souvent insoupçonnés de l’éloignement géographique. Réfléchir à la relation que nous entretenons à notre recherche permet aussi de prendre en compte l’angle d’approche d’où nous nous positionnons pour envisager notre recherche et en quoi celui-ci influence nos conclusions. Par ailleurs, cette relation avec notre recherche ne cesse d’évoluer et doit être constamment reconsidérée. Celle-ci est aussi influencée par des mouvements externes (la pression grandissante de devoir justifier sa recherche auprès des organismes de financement par exemple).

Ce débat mène à une autre question, tout aussi ouverte et personnelle : pourquoi des Britanniques choisissent-ils de rechercher et d’écrire l’histoire de la France ? Sur ce point, Colin Jones a évoqué en conclusion de la conférence l’expression « historien anglo-saxon » qui selon lui est vide de sens. En ce qui concerne les historien.nes de la France résidant en Grande Bretagne, qu’il nomme avec humour les « Eurostar historians », il leur conseille de questionner en permanence leurs théories et, surtout, de passer du temps dans les archives en France.

 

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Vous pouvez suivre une partie des débats sur twitter (#ndfhist) et sur ce blog (publication des billets et contributions). N’hésitez pas à réagir en utilisant la section commentaire ou en twittant le French History Network @FrHistNwk

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